A la poursuite du poulet bicyclette

Des obligations qui tombent – tombent souvent mal – c’est un peu la raison de vivre des désobligeantes obligations. Maudites soient-elles quand elles t’obligent à manquer la fête d’Adieux, de la formation Mondoblog de RFI qui réunissait pendant une semaine, 52 blogueurs francophones, dans la capitale Sénégalaise.

Samedi 13 Avril 2013, l’aventure dakaroise de Mondoblog se terminait un peu plus tôt pour Limoune, blogueuse tunisienne et moi-même. La cause : obligation d’être avant lundi, à Paris pour elle et  à Berlin pour moi. 

Dakar 2013 (Crédit Photo Aurore Guérin)

Dakar 2013 (Crédit Photo Aurore Guérin)

J’ai bien essayé de trouver une solution, repousser mon vol mais quand ça ne veut pas ça ne veut pas, mon obligation berlinoise est catégorique, lundi ou jamais ! J’ai bien eu envie de lui dire : « Eh toi, tu m’emmerdes,  je ne veux en faire qu’à ma tête, et que ma tête soit en fête samedi soir à Dakar ! » L’obligation ne l’a pas entendu de la même oreille, alors quand il faut partir il faut partir…

Il est 19h15, à l’Espace Thialy, point de ralliement pour tous bons Mondoblogueurs qui se respectent et qui respectent le riz aussi.

Dernier ADIEU, (non je veux dire dernier AU REVOIR) à celles et ceux  que Limoune et moi avons pu trouver dans leur chambre. La boucle est bouclée, les valises aussi et tout s’achève exactement là où tout avait commencé une semaine avant, par une histoire de chauffeur et d’aéroport.

Assises sur les bancs froids de la salle d’attente d’Air France, avec plus de 2h d’avance, un petit coup au cœur nous gagne. On sent l’intensité et l’exaltation de cette mondoblogueriesque aventure nous retomber sur les épaules.

Malgré la fatigue, nous ne dérogeons pas à la règle de tous les Mondoblogeurs à Dakar, nous ne sommes plus que deux, d’accord,  mais nous gardons le rythme et le cap : nous parlons, nous débriefons, nous rebriefons, nous racontons, nous nous accordons…  Bref, nous tentons de sauvegarder un souvenir intact de chacun des autres blogueurs, un à un, souvenir par souvenir … Et vous savez quoi, les mots justes ne viennent pas !

On dit souvent qu’il faut savoir digérer pour mieux assimiler, avoir de la distance sur les choses pour mieux les comprendre. J’y crois !  Mais pour le moment, je n’en ai pas envie, je suis encore dans l’intensité bouillonnante de cette rencontre furtive, j’y reste et j’y suis bien !

J’ai rêvé ?

Nous avons quitté le sol de Dakar depuis 30 minutes, les plateaux repas d’Air France arrivent au compte-gouttes. Au Menu : poulet riz et sauce curry OU poisson, haricots verts et purée, seuls les Mondoblogeurs devineront vers quel plat mon choix s’est porté!

L’hôtesse me tend mon repas et je souhaiterais presque encore entendre Raphaëlle, de l’équipe de RFI, nous crier : « Aller on y va, on doit manger à 19h30, allerrrrr on y vaaaaa ! » Merci mademoiselle !

Qui dit Raphaëlle dit Pierrick, le deuxième bras droit de l’incroyable Ziad Maalouf(Oui, Ziad a deux bras droits mais semble très bien le vivre !)

Pierrick disais-je,  un peu notre standardiste attitré et bien plus : « Si tu es perdu à Dakar, si tu ne retrouves plus ton binôme, si tu as besoin d’un chauffeur, si tu as oublié le lieu de rendez-vous, si tu as égaré ta casquette RFI, si tu as oublié le pourquoi du comment du pourquoi… Pierrick  reste à ton écoute 24h/24. Prix de la communication : amicale. » Merci jeune homme !

Alors Monsieur Maalouf  a deux bras droits et la web émission participative L’Atelier des Médias de RFI, a deux têtes, celle de Ziad et celle de Simon Decreuze.  À l’Agence Universitaire de la Francophonie de Dakar (AUF),où se tenait notre formation,  à 13h, Simon ne parle plus, n’enregistre plus, il marche vers notre restaurant universitaire. Simon marche l’estomac dans les baskets, il marche vite, il marche sans perche à micro, Simon a faim de riz, il me double et me dit: « Premier arrivé, premier servi! » Court Simon, court ! Merci !

Qui dit sons, dit images ! Qui dit Marthe, la web-documentariste qui nous accompagnait, entend, je la cite: « Moi, je vais prendre mon pied ! » Comment ??? Ah pied de caméra!    Marthe,  c’était un peu Huggy les bons tuyaux dakarois et on l’en remercie !

Les veilleuses dans l’avion s’éteignent, Limoune s’est assoupie profondément, j’en fais tout autant. Les yeux fermés mais l’inconscient en ébullition, les images, les phrases s’entrechoquent. Cette nuit-là, dans mes rêves en direct du ciel, certaines choses me sont revenues, je crois :

J’ai officiellement déclaré future commentatrice footballistique, l’enchanteresse blogueuse malienne Faty. Vivre assise à ses côtés la rencontre PSG- Barça est et restera un moment d’anthologie, tout simplement parce qu’elle coache le joueur Lionel Messi comme personne, interpelle David Beckham pour ce qu’il est : « Tiens, le Joli garçon ! » tout en offrant au match des commentaires pointus: « Tu fais quoi là, toi, y a main, y a doigts, y a pieds! » Faty : UN BONHEUR en Bazin!

Salma ou la déesse camerounaise au franc-parler.  Ça ne rigole pas avec Salma, ça poétise droit dans les yeux: « Oh Toi, tu ris comme une femme enceinte !» On relit et on réfléchit !

Des blogueurs de la saison 1, je m’embarque sans eau ni rames sur le flot de la verve aiguisée du togolais David Kpelly, soit mon chercheur d’ombre auto-attitré, soucieux d’adoucir ma brûlure nasale due à un soleil que je n’ai pas vu venir.   David, c’est du Molière à l’état Don Juan parce qu’ «  Un playboy mange beaucoup de biscuits ! » On relit et on réfléchit !

Toujours chez les grands-frères Saison 1,  je demande un souvenir du guinéen Alimou.  Il est l’un des Mondoblogueurs que je lis le plus régulièrement, alors le rencontrer en chair et en os, je ne vous raconte pas l’effet ! Un soir lors d’une discussion, j’ai bien failli lui demander un autographe ! Mondoblog a bouleversé sa vie, je dirais surtout que c’est grâce à son talent que les choses ont changé. Candidat cette année, pour le meilleur blog en français des Best of Blog (BOB’s) organisé par la Deutsche Welle en Allemagne.  On ne réfléchit pas, on vote !

Il est 2h 30, quelque part dans l’avion d’Air France,  quand mon voisin de gauche me réveille doucement, Monsieur veut aller faire pipi.  Deux minutes après, je replongeais dans les bras de Morphée.

Il y avait là Daye.un Guinéen à l’accent québécois. Mais aussi un québécois, un vrai, Nicolas, Samouraï de formation et dresseur de moustiques dakarois à ses heures perdues. Il y avait Serge aussi, un congolais vivant au Brésil, devenu depuis 8 mois, mon conseiller cinéma d’Amérique Latine. Il y avait  la belle Nora, une togolaise toujours très bien assortie à sa gentillesse, rien d’étonnant, vous dirais-je, quand on porte des souliers roses aussi jolis que les siens. La magie opère !

Il y avait un guinéen Mamady keita étudiant à Odessa, avec qui je me suis « Updatée » sur l’Ukraine, pays que j’ai bien connu, il y a 15 ans.  Dans mon rêve, il y avait aussi une Geek ou presque, Josiane de Doula  qui parlait des Hashtag de Twitter comme moi,  puisqu’elles les appellent les dièses…Que la princesse twitteuse, Danielle, nous pardonne!

Il y avait un malgache se prénommant Rijaniaina, ce qui signifie « droiture », si mes souvenirs sont bons. Et j’ai trouvé ça très beau.  Il y avait Boubacar de Bamako, pour qui les nuits dakaroises étaient bien trop fraîches. Il y a avait aussi les thématiques officieuses lancées par William de Yaoudé. Débat assuré dès le petit-déjeuner !

J’ai aussi joué à un jeu avec Stéphane, Mauricien expatrié à Madagascar : lui trouver un stylo rouge RFI avant la fin du séjour. Lundi, nous en avions tous reçu un,  sauf lui. Était-ce là précisément que se trouvait la faille dans cette organisation Mondoblog à Dakar ? Tintin, à la recherche du trésor de Rackham le rouge… Euh! Non, je voulais dire Stéphane à la recherche du stylo RFI rouge (pour comprendre aller lire son blog !) Bref, que tout le monde se rassure,  la quête a pris fin vendredi après-midi. Tout est rentré dans l’ordre.

Et puis, il y avait celui pour qui le talent de l’écrivain est inné et le restera.  Lors d’un atelier d’écriture, demandez à Florian de Yaoundé de vous écrire en 10 minutes un court texte sur le thème de la Liberté. C’est à vos risques et périls de vous retrouver embarquer dans une histoire de crottes de nez et de pets, comme on rêverait d’en entendre tous les jours.

Je me réveille. J’ai mal au cou et je voudrais étendre mes jambes de tout leur long. Il est 6h dans l’avion et encore 4h à ma montre. Je réalise qu’une journée va se terminer sans la bonne humeur et le sourire indécrochable de Gaïus, sans les récits mythiques sur Alexandrie de Pascaline et sans la gentillesse du dakarois Seydou avec qui j’ai parcouru les rues dakaroises dans un car-rapide jaune. Un rêve !

Et surtout je repense au Berliniquais, dans la salle Internet de l’espace Thialy. Lui et le Wifi, une histoire dakaroise tumultueuse mais chaude, certes il vit à Berlin mais Monsieur reste Martiniquais, s’il vous plait !

Parlons créole justement, une chose est certaine,  la française de métropole, que je suis, irait bien un jour voir la mer de Guadeloupe, car à entendre Axelle et Mylène, il parait qu’elle n’est pas bleue mais translucide.

Et puis, il y avait moi,  je cite  Florian : « Aurore: je n’ai pas arrêté de me demander si elle finirait la formation, tellement elle toussait, je me demandais si on allait pas vivre un épisode façon Docteur House. »

Je n’arrive plus à me rendormir. Je me demande bien comment était la fête du côté de Dakar. Il est 6h 10, on atterrit à l’aéroport Paris-Orly, j’ai peu de temps, je dois filer vite, prendre ma correspondance pour Berlin. Je fais mon dernier au revoir à Limoune dans la file des toilettes de l’aéroport.

La dernière personne qui me rattache encore à cette histoire dakaroise est maintenant derrière moi. Ma bronchite berlinoise sera bientôt de retour au pays, la maudite ! Je file vite dans les allées de l’aéroport ; j’ai déjà peur de perdre des souvenirs en route,  je trotte, je trottine, je pédale vite dans les couloirs aériens comme un gringalet, maigrichon, poussiéreux mais délicieux volatile, qu’on mange au Sénégal : le vrai, l’unique, je veux parler du poulet bicyclette.

Pour tous ceux que je n’ai pas cités mais que je n’ai pas oubliés ,la liste complète des Mondoblogueurs à Dakar ainsi que le lien à leur blog se trouve ici.

MERCI !

 

 

The following two tabs change content below.
aurora

Derniers articles paraurora (voir tous)

9 réflexions au sujet de « A la poursuite du poulet bicyclette »

  1. Oh Aurore moi j’apprends à ne plus dire Dieeessssssssss. Pierrick, Danielle et Kpenahi se sont trop moqués de moi. Je veux dire…ah quoi encore? Ah oui Hashtag. Et puis on apprend non? Nous allons faire ça ensemble…Beau billet Aurore. Merci pour les photos. Et puis bon retour à Berlin…

  2. @Aurore: magnifique texte (forcément, tu y dis du bien de moi). Moi aussi , mes nuits sont encore parfois grises quand je repense à certains événements ou personnes. Soigne toi ma grande. Ce fut un plaisir de t’avoir connue. Je t’enverrai ma photo que tu as gâché avec une grimace infernale.
    @Limoune « Armement des toboggans » Pourquoi je n’entends cette phrase que sur les vols Air France? ça me fait toujours un effet navette spatiale 😉
    Vous me manquez.

  3. Bravo pour ce texte. Je ressens la même nostalgie que toi… je peine un peu aussi à trouver le sommeil ces derniers temps. Mais que de bons souvenirs ! Tu seras la bienvenue en Guadeloupe, je te l’assure.
    Ps : l’eau est bien translucide, souvent.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *