Cheveu bleu dans soupe dakaroise!

Il y a des moments dans la vie où sans le vouloir (ou presque), on  arrive comme un cheveu sur  la soupe, Pliff !  On tombe comme une mouche dans le lait, Plif Plaf Plouf !

Lors de la formation Mondoblog qui se tenait du 6 au 14 Avril 2013 dans la ville enchantée de Dakar, durant un après-midi de fort  « cagnard » (au-dessus de 25°C pour la berlinoise d’adoption  que je suis, c’est déjà la canicule) j’ai bien cru être l’incarnation de ce cheveu ou cette mouche, quand le blogueur sénégalais Seydou, la blogueuse Camerounaise Salma, et moi-même décidions spontanément (Vive la spontanéité!) d’embarquer tous les trois dans l’un des minibus jaunes bariolés aux couleurs locales.

Crédit photo A.G

Les cars rapides, c’est leur nom !  Cars ? Oui ! Rapides ? Tout est relatif !   Plus rapides qu’un petit cheval tirant une chariote pleine jusqu’au ciel, d’accord, mais moins rapides qu’un taxi dakarois tout de même !

Quoique, là avec les taxis, tout est relatif aussi… Les taxis dakarois sont rapides mécaniquement, mais foncièrement vous arrivez très rarement là où vous souhaitiez vous rendre. Bref, c’est une autre histoire partagée ici et  par deux autres reporters Mondoblogueurs, immergés corps et âmes dans la carrosserie impitoyable du taxi dakarois.

Rapides ou pas,  ces cars jaunes, tous marqués derrière la porte du chauffeur par une tête de cheval, (dessin de Moussa Tine (1), père fondateur des fresques des cars rapides en 1971)  vous offrent la certitude, pour 100francs CFA environ, d’arriver toujours à bonne destination.

Le concept est simple bien que structurellement pensé dans le chaos et dans la petitesse ! Impression d’une mondoblogueuse en immersion totale dans un car rapide dakarois :

Je n’ai toujours pas compris où sont les arrêts de ces cars, je me demande même s’ils existent ? Voici mon conseil pour emprunter ce transport en commun:  Identifiez de votre œil de lynx l’objet très visible, ne réfléchissez à rien,  foncez vers lui tête la première.

Car Rapide – Dakar 2013 -Crédit photo A.G

Une fois dedans, je prie pour qu’il y ait de la place et  que toutes les parties de mon corps soient bien à l’intérieur avec moi, car il arrive qu’un bras, une jambe ou une fesse reste ballant dans le vide à travers l’une des fenêtres du véhicule… Je vous aurai prévenu, advienne qui pourra !

Pour qu’une telle chose n’arrive pas, il suffit d’avoir la chance d’être assis sur les 6 sièges derrière le chauffeur, ou faire comme tous les autres voyageurs, pousser du « cul » pour se faire sa place assise, sur l’un des deux bancs de 4 places se faisant face.

Je sens subrepticement le regard des passagers sur moi. Ma présence les surprend? Je ne pense pas? Ce qui les interpelle en réalité, est indéniablement le monstrueux coup de soleil sur mon nez, le chèche bleu sur ma tête  et  ma grande capacité à pousser très fortement du « cul » pour parvenir à trouver ma place… Et croyez-moi, il y a de quoi être surpris quand on voit à quel point je suis loin des belles rondeurs fessières des sénégalaises !

Pour le paiement  du trajet, tout se fait assez rapidement. Pendant qu’un apprenti reste debout en plein air, sur les marches extérieures du bus, un autre à l’intérieur te demande normalement : « Où tu vas ? ». Moi il m’a dit : « T’es avec qui ? » Je réponds la main dans mon portefeuille et tout sourire (Heureuse d’être à bord d’une de ces carlingues!) : « Avec lui ! » montrant Seydou assis deux places plus loin. « C’est combien ? » Le mec me répond : « Ok c’est bon! »

Seydou, un vrai gentleman ! Si tu me lis, je tiens à te dire que je te dois un ticket de bus la prochaine fois ! Merci !

Le système des arrêts est simple, d’un coup de pièce de monnaie sur la tôle du véhicule par l’un des deux apprentis, le chauffeur sait qu’il doit s’arrêter. Toc Toc ! Un voyageur descend, nous allons pouvoir respirer !  Mais  nom de Dieu ! Quatre autres montent ! Il est temps de serrer les genoux, caler son sac contre la poitrine, rentrer pieds et orteils,  je bloque ma respiration et je ne bouge plus !

Arithmétique faussaire, je t’en prie, prend ton aise !

Nous sommes désormais 5 sur le banc de 4 places alors bien même qu’un 6ème passager tente de nous y rejoindre! Il y parvient le bougre ! Debout, assis, couchés, emboîtés, compressés, de 14 voyageurs,  normalement admis, nous passons à 18.

A cet instant, les membres de mon corps sont tellement compactés qu’à mon grand regret, je n’ai pu faire à l’intérieur qu’une seule photo :   moi en « vierge au voile bleu » et une moitié de Seydou,  ce qui journalistiquement et religieusement  parlant n’apporte pas grand-chose, on est bien d’accord! Tabernacle ! Comme disent les québécois !

Rue de Dakar 2013 – Crédit photo A.G

Je parviens à tourner ma tête vers une fenêtre. Le car roule vite et tout défile. Les rues dakaroises n’ont aucun sens et aucune loi, enfin de mon point de vue: les ronds-points tournent dans les deux sens, les priorités à droite se font au feeling de chacun, les piétons n’ont jamais la priorité mais s’en moquent royalement. Ça vibre à Dakar ! J’en ai le tournis !  Quand raisonne à nouveau  le Toc Toc de la pièce de monnaie sur la tôle jaune du car rapide. C’est pour nous ! Salma, Seydou, et moi !

Subitement, un doute me gagne, serait-ce possible de ne pouvoir parvenir à sortir ?  Rester imbriquée à cet amas de passagers ? Passer toute  ma vie  dans un car rapide à tourner en rond dans  Dakar. Mon cul s’y est emboîté, parviendra-t-il à s’en sortir? Seydou m’attrape une épaule. Clok ! Je m’ôte de là comme le bouchon s’extrait par un tire-bouchon, mon corps ne fait à nouveau plus qu’un ! Une autre passagère a déjà pris ma place. On ne perd pas de temps ! Aller ! Hop !  Tout le monde descend !

(1) Biographie complète de Moussa Tine 

EXTRAIT […] En 1970, Moussa Tine arrive à Dakar avec son rêve de fréquenter l’école des arts, mais il est embarqué dans une tout autre aventure par le cousin qui l’accueille, l’héberge et lui demande, en attendant d’intégrer cette école, de l’aider dans son travail de chauffeur de taxi-bagages dans Dakar et sa banlieue. Moussa se retrouve ainsi apprenti-chauffeur jusqu’en 1971 et apprend à conduire le véhicule. Puis, un autre cousin, qui avait acquis un véhicule de transport en commun de personnes, sollicite le premier afin que Moussa assiste son chauffeur dans le transport interurbain ; ce qui lui permet de voyager et de connaître les régions et le pays. Pendant cette expérience, Moussa s’est mis à décorer leur véhicule, en y dessinant des chevaux, des marabouts, des mosquées, etc. ; ces dessins ont séduit et des chauffeurs comme des propriétaires de véhicules de transport lui ont demandé de décorer leurs véhicules. Ce qui lui ouvre une nouvelle perspective qui lui permet en même temps de gagner un peu plus d’argent. Ainsi commence cette longue aventure de décoration de véhicules, qu’il pratique pendant de nombreuses années, mais qui, très tôt, sonne le glas de la rupture avec le chauffeur du véhicule de transport, dont il était l’assistant ; car le travail de décoration occupant presqu’entièrement son temps, cela met en colère le chauffeur, qui se plaint à son cousin. A tous les deux, Moussa explique que son ambition n’était pas de devenir apprenti-chauffeur, mais d’étudier l’art. Ce qui lui permet d’abandonner le transport interurbain ; il peut alors continuer son activité de décoration, qu’il prend plus au sérieux, en recevant plus de clients et en gagnant plus d’argent. De grands transporteurs, tels Lobatt Fall, Mayoro Fall, Massaer Mar, Mamadou Diop, Tahirou Ndoye, etc., lui confient la décoration de leurs véhicules.[…]

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aurora

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16 réflexions au sujet de « Cheveu bleu dans soupe dakaroise! »

  1. Ping : Eg si lène ak diam!!! ( Soyez les bienvenus)Poubelles, objet en voie de disparution

  2. Ce qui est sûr, avec ces cars rapide, tu évites de te faire arnaquer par un taximan. Mais imagine quand tu dois embarquer dans un car pareil pour parcourir 100, 200 km au Burkina (même s’il y en a de moins en moins)

  3. Seulement entre les intéressantes lignes de ton billet, j’ai pu comprendre et expérimenter cet après-midi cauchemardesque. Ben, je dirais que certaines expériences doivent être faites pour servir de témoignage. Lol. D’ailleurs, j’ai bien apprécié cette pointe humoristique de ton texte.
    A bientôt Aurore, cordialement Osman.

  4. Que de piquant dans cet article, aussi vrai et aussi occase que ces cars rapides qui sont tous bons pour la casse. Nous les appelons des « tombeaux ambulants ». On y perd tout en les empruntant : son temps,son énergie, sa morale, sa dignité,son argent sans compter qu’on peut s’y faire voler malheureusement, car étant très fréquentés par les petits larcins.
    Toutes mes félicitations pour les activité du MondoBlogDakar et tout l’honneur est pour nous sénégalais de voir vous appréciez votre séjour à Dakar, ville que ne finit jamais de découvrir entièrement. Elle nous surprend toujours, même nous les autochtones qui y habitons depuis très longtemps par ses rues toujours bondées de mondes, ses marchands ambulants, ses véhicules – moyens- de transports mythiques des fois, ses classes sociales naissantes, changeantes au fils des gouvernants, la vie très chère décriée de tous et qui la reste quand même, etc. C’est comme une fille capricieuse, incorrigible..

  5. Salut! Super drôle ce billet! J’ai vécu l’aventure avec toi au fil des paragraphes et ai fini par regretté de ne pas avoir tenté l’aventure moi aussi. J’ai adoré le « tu es avec qui? » juste pour la toubab 😉

    Et effectivement, pendant toute la semaine ça ne m’avait pas frappé que tu étais le sosie de la Sainte Vierge! Double regret!

    Schönes Wochenende!

    • Effectivement, Sainte Vierge, une de mes nombreuses facettes… mais comme dit l’autre: « il ne faut jamais se fier aux apparences! »
      Schönes Wochenende Berliniquais !

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