Je t’aime moi non plus!

Ce billet sur la relation franco-allemande n’aura rien d’objectif. Il ne sera alors que plus déraisonnable, car écrit sous mon empressement et mon agacement. Je lâche mes doigts sur le clavier et puisque la rumination n’est jamais bonne, j’ôte un à un les grains de sable coincés entre mes dents. Alors c’est vrai, j’habite une ville sans sable, mais bon, j’ai des dents et le vent souffle fort.

Actuellement, mon répondeur téléphonique berlinois dit : « Je suis absente de Berlin pour deux semaines, en cas d’urgence veuillez me contacter sur mon téléphone français ! »

Relation franco-allemande – Caricature de Plantu

Mes retours en terre française, spécialement dans la petite ville où j’ai grandi, ne sont pas très constants. Quand l’occasion se présente, j’en profite alors pour m’occuper comme je peux : médecin généraliste, oculiste, prise de sang… (un peu maso je sais, mais croyez-moi les jours sont longs dans une ville industrielle sinistrée !)

Hier après-midi, rendez-vous chez ma dentiste. La peur au ventre et la tremblante à la mâchoire, je m’allonge sur le fauteuil quand la chasseuse de caries « brut de décoffrage » me dit :

Elle : « Ca fait longtemps vous ! Vous êtes toujours en Allemagne? »

Moi : « Oui, toujours à Berlin ! » (Enfin concrètement une roulette et une main de dentiste dans la bouche, j’ai dit : « youuuui, gougiydrsrgchgiBrlllin »

Elle : « Et ça va? Parce qu’y a de l’eau dans le gaz, elle ne se laisse pas faire l’Angela Merkel! Ils aiment bien diriger les allemands n’est-ce pas? »

La roulette a continué à creuser quand le mot « diriger » m’a électrisé les gencives. J’ai fait les yeux ronds et bêtement, la bouche ouverte, j’ai baragouiné: « Ah bon ? »

Dentiste terminé, une carie soignée, besoin d’un petit remontant : 15h50 trop tôt pour une vodka mais jamais trop tard pour un gâteau. Petit détour à la boulangerie.

Moi : « Bonjour, un éclair au café s’il vous plait ! »

La boulangère : « Aaah, vous êtes de retour ?  Votre maman et votre papa me donnent souvent des nouvelles ! Alors comme ça vous êtes toujours en Allemagne ! » (Maudites soient les petites villes!)

Moi : « Oui, toujours à Berlin ! »

La boulangère : « Et ça va là-bas ?  Parce qu’elle ne rigole pas l’Angela !  C’est la guerre là comme on dirait ! Ahhahahahahaha ! »

Moi : « Vous croyez ? »

La boulangère : « Enfin vous devez être bien là-bas, ils ont de l’argent ! »

Juste le temps de répondre : « De l’argent, Ah bon ? », qu’un client à qui on n’a rien demandé (mais qui fait tout comme) me coupe et  s’exclame: « Ah la Merkellll ! Si ça continue, elle aussi, elle va finir par être épinglée sur le mur des cons! » Grosse poilade, rigolade et roulade…. Ah aha aha ahaha !

Deux lieux, trois raccourcis rapides: 1. Les allemands sont  toujours les Méchants !    2. La chancelière est une bip bip bip ! 3. De l’autre côté du Rhin, les euros coulent à flots !

Quand le résumé de l’actualité franco-allemande se rejoue entre le dentiste et la boulangerie, on cerne, sans s’y attendre, le moral d’une France, qui ne peut avoir que mauvaise mine,  quand ses maux mots s’enlisent dans une effronterie anti-Merkel et dans la  construction d’un mur des cons dans le local du Syndicat de la Magistrature de Paris.

Cet après-midi-là, mon goûter sucré de 16h a eu des difficultés à passer. Je me demande même s’il n’est pas resté coincé entre mon goitre et mon gosier.                 Les bras m’en tombent. Je quitte la boulangerie et je me dis que les minois français ne vont pas retrouver leur teint frais de poupons d’aussitôt, non pas à cause de leurs mauvaises cuites, mais pour cause de mauvais bouc-émissaires.

On hésite ?  Du côté du Parti Socialiste français on préconise un affrontement démocratique avec l’Allemagne. Un peu plus loin, le président de l’assemblée nationale parle plutôt de confrontation. Entre affrontement et confrontation mon cœur balance!

Allô quoi! T’es française et tu ne dis pas de mal de l’Allemagne ? Non mais Allô la colabo, quoi ! 

Comme souvent en France, tout est question de râlement, de ras-le-bol et de fierté.  Bref encore une histoire de French Touch qui touche un peu à tout et à n’importe quoi… Le choc culturel entre français et allemands  existe heureusement, je ne vais pas vous dire le contraire, je pratique  l’Allemagne sur le terrain depuis plus de 3 ans. Mais comme dit l’autre : « N’aime-t-on pas ses voisins autant qu’on les déteste ? »

L’Allemagne  n’est pas antipathique, elle a juste une ou deux pincées d’austérité en arrière-boutique.

La France n’est pas paresseuse, arrogante et dédaigneuse, elle est tellement perdue qu’elle ne peut s’empêcher de taper sur le premier de la classe.

Je peux comprendre la méfiance, le  manque de compromis, la jalousie qui cimentent la relation franco-allemande,  un folklore qu’on se refile de génération en  génération ; mais je grince des dents fort quand j’entends les hautes sphères politiques de mon pays dériver doucement vers une  germanophobie.

Depuis quelques semaines, côté allemand, on tempère ses commentaires, trop occuper peut-être à taire une ancienne affaire, nom de code Derrick.

Concrètement, les médias, les dentistes ou les boulangères allemandes évoquent et  relèvent quelques propos français sans s’y attarder. Mais quand l’occasion de tacler en douce est possible, en Allemagne aussi, on a l’art et la manière.

Football! Kaiser Franck: le 25 avril prochain,  la finale la Ligue des Champions sera 100% allemande.  Hier la presse allemande ironisait sur sa « suprématie » europenne footballistique : « Wir Gegen Uns » (« Nous contre Nous ») titrait le quotidien Berliner Kuriers.

Art! Faire des histoires sur l’Histoire, à travers l’art et son histoire. Depuis deux semaines,  de l’autre côté du Rhin, le sujet qui fait débat se déroule au Louvre. Depuis un mois, le musée consacre une grande exposition sur l’art allemand: « L’Allemagne de 1800-1939, de Friedrich à Beckmann. »

Les origines et la destinée de l’Allemagne seraient bel et bien remises à l’ordre du jour. Le chroniqueur Adam Soboczyski, dans le journal Die Zeit  du 4 avril, se demande si le Musée du Louvre ne chercherait pas à se venger d’une Allemagne actuellement dominante et forte, je cite : « Est-ce lié à la crise ? A une volonté française d’affirmation de soi ? A une démonstration de force nationale causée par la faiblesse économique ? »                                                                                                           

 

On ne peut que déplorer pareil malentendu! Pour une partie de la presse allemande, cette exposition est presque un affront national qui sous-entendrait que le nazisme et le nationalisme allemand seraient la conclusion logique de l’histoire et de la culture allemandes, et que celles-ci ne pouvaient qu’y sombrer.

Allons-nous droit dans le mur des cons? Sommes-nous trop crédules, naïfs ou désespérés? 2013 ne devait-elle pas être  l’année du 50ème  anniversaire du traité de l’Elysée soit de l’Amitié franco-allemande? Des deux côtés du Rhin, comme des cons, français et allemands nous avons organisé des fêtes. Comme des cons nous avons apporté le gâteau. Comme des cons nous avons  chanté et dansé. Comme des cons nous avons allumé vos bougies. Comme des cons on vous a regardé vous rencontrer et prôner l’entente franco-allemande.  Ah les cons !

Les allemands rêvent de transformer les européens en Allemands alors que les socialistes français s’entêtent à vouloir transformer les allemands en Français. Conclusion: Madame la Chancelière, Monsieur le Président, à vouloir tellement jouer à vous contrecarrer, vous allez finir par vous tirer une balle dans le pied…

Mon prochain billet sur la relation franco-allemande sera plus léger, il parlera d’une histoire de poubelles allemandes mais débutera par une phrase féerique :  « Il était une fois la saucisse et le Flamby. Ils se marièrent et eurent beaucoup de passions !  » (A suivre…)

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aurora

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11 réflexions au sujet de « Je t’aime moi non plus! »

  1. Ping : Ich liebe dich quand même! | 99 Luftballons

    • Et toi! Ton nouveau billet m’a essoufflé ! Voyage voyage … ! Attends je suis bête, je vais te dire tout ça dans tes commentaires, mon commentaire sur ton billet n’a rien à faire chez moi … deux secondes je change de blog, je passe rue du Labrador !

  2. Ping : Liebster Blog Award 2013, ça continue | Carioca Plus

  3. J’adore ! Cet article est brillamment écrit. Moi qui n’ai pas suivi les affaires diplomatiques entre ces deux pays depuis un bout de temps, j’ai pu les découvrir de manière très ludique avec toi

    • Je ne suis pas rabat-joie juste taquine !
      Moi qui pourtant suis une grande fan de Monsieur Léo Ferré ( je suis perpétuellement subjuguée par sa chanson  » La solitude « ) je ne connaissais pas cette chanson ! Merci grande découverte !
      Quant au « Meilleur article du mois », oula !!! il ne faut pas s’emballer! Aller je te dis Merci Monsieur Sérgio !

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