Les trois coups

Pour un week-end, une semaine, une année, une vie… quelques bonnes adresses pour devenir berlineusement comme il se doit, des « théâtreux », des « chorégrapheux »,  et des « performeux ». Rapide inventaire des scènes berlinoises où il fait bon, une bière à la main, y faire son « cultureux ».

Berlin capitale de l’électro, capitale du clubbing, capitale du pas cher,  capitale de la saucisse au curry, capitale du « Look No look », capitale du petit loyer, capitale du marché aux puces, capitale du Frühstück, capitale des espaces verts, capitale du Döner,  capitale du créatif, capitale de  la flemmardise, et Berlin capitale aussi du théâtre, de la danse et de la performance.

Volksbühne am Rosa-Luxemburg-PlatzCrédit Photo Aurore Guérin

Volksbühne am Rosa-Luxemburg-Platz ( Crédit photo A.G)

J’ai connu les scènes montpelliéraines, marseillaises, parisiennes, bruxelloises, varsoviennes, pragoises, ukrainiennes,  australiennes…  toutes sont autant ressemblantes qu’elles sont différentes, et bonne nouvelle, les scènes berlinoises n’enfreignent  pas la règle,  quoique …

Radialsystem V: Space for Arts and Idees Berlin – (crédit photo A.G)

Amateurs ou fins connaisseurs des arts du spectacle vivant, sachez qu’aller « au spectacle » (comme dit ma grand-mère) ou aller au théâtre à Berlin, c’est toute une cérémonie.

Première  règle d’or, le « théâtreux berlinois » déteste arriver en retard et bougonne  tout autant après ceux qui le sont, ainsi pour s’harmoniser, à Berlin, vous arrivez une heure maximum avant l’horaire indiqué sur votre billet.

Vestimentairement parlant,  s’y rendre comme vous descendez acheter votre pain à votre  « Bäckerei » (« Boulangerie ») ni plus ni moins.

Surtout  ne pas  avoir dîner ou grignoter avant la représentation, que vous soyez dans un théâtre de l’est ou de l’ouest berlinois, vous ne résistez jamais au panier en osier du vendeur de bretzels à 2€, un bretzel qui, au pire, vous ouvrira l’appétit, au mieux déclenchera en vous une terrible envie de vous désaltérer…

Debout, devant ou à l’intérieur du théâtre, 50 minutes à l’avance, voyant arriver vos amis au compte-gouttes,   vous éviterez tout étouffement au bretzel en vous dirigeant dans le calme vers l’un des bars du théâtre.

A Berlin, on s’alcoolise dans la rue, dans le métro, au cinéma et aussi au théâtre avec modération et esprit, bien sûr !

Il est pratiquement l’heure, vous venez d’achever votre 2ème  verre de vin rouge, au milieu de toute cette foule au bretzel à la main, vous avez déjà égaré mari, enfant, fiancé, amis, écharpe, gants, bonnet…  pas le temps, ni d’y penser ni de les retrouver,  les portes s’ouvrent, et vous vous empressez comme tout le monde dans la file. Faire la queue pour un spectacle à Berlin se résume à pousser du coude et à écraser du pied, car, comme tout professionnel ou pas, de la scène berlinoise, vous voulez rentrer le premier pour avoir « la » meilleure place (acte de combativité totalement obsolète et folklorique  puisque fauteuils et billets sont toujours numérotés.)

Le spectacle est terminé. Que  vous soyez  enchantés, déçus, interpellés ou bouleversés par la représentation jouée, vous vous devez de rester dans l’antre du théâtre pour y donner votre avis; retour au bar donc, où vous irez noyer votre  peine ou votre  joie dans une bière. Au bar justement, vous y retrouverez à l’occasion votre mari ou votre petit ami, pour qui ce spectacle de danse contemporaine d’inspiration Butô n’aura connu aucune prolongation au-delà de l’entracte.

Le verbe haut et le geste ivre, vous débattrez alors  à n’ en plus finir avec d’autres comme vous, soit  d’autres « cultureux », « théâtreux », « chorégrapheux », « performeux »…

Conseils, critiques et bonnes adresses des théâtres berlinois où j’aime moi aussi, faire ma cultureuse! Liste non exhaustive à lire : Page Théâtres à Berlin.

 (Liste non exhaustive)

Das Theater Hebbel Am Ufer :  HAU 1- HAU 2- HAU 3

HAU sweet HAU! Tant dans son contenu et dans la forme, en plein centre du quartier de Kreuzberg, ces trois espaces Hau1, Hau 2 et Hau 3 offrent un large éventail de représentations jeunes, avant-gardistes et expérimentales.

HAU - Hebbel am Ufer Berlin

HAU – Hebbel am Ufer Berlin

Des installations visuelles, sonores en interaction avec le public y font régulièrement une halte. En résidence permanente, entre autres, l’expérimentale troupe de théâtre documentaire Rimini Protokoll

Côté festival, chaque année, le festival « 100°Berlin » s’installe sur ses planches. La danse contemporaine y est aussi grandement représentée tout au long des saisons, en particulier lors du festival estival « Tanz im August » et le festival Brazilian « MoveBerlim » tous les deux ans.

Le 7ème art s’y critique chaque année, avec la rencontre du « Berlinale Talent Campus » dans le cadre de Festival du film de Berlin: La Berlinale.

Régulièrement en représentation:

Les chorégraphes : Laurent ChétouaneAnne Theresa de Keersmaeker (Compagnie Rosas),  la compagnie P.A.R.TXavier Leroy

Les metteurs en scène  et troupes de théâtre : Roméo Castellucci, , Gob Squad, Ghost Machine Videowalk de Janet Cardiff und George Bures

Et annuellement en concerts performatifs: PeachesChilly Gonzales …

 

Sophiensaele

Personnellement, je dirais que La Sophiensaele se différencie des autres théâtres indépendants berlinois avant tout en proposant une  programmation  en grande partie internationale, et en offrant  une aide et un encadrement post-production pour artistes et compagnies de tout bord et de tout budget.

Die Sophiensaele Berlin

Devenu un lieu incontournable pour la création scénique internationale, la Sophiensaelen offre, chaque années une série de festivals majeurs :

  •  « Freischwimmer »  une plate-forme pour le théâtre jeunesse.»
  • « Tanztage Berlin »  promeut  activement de nouvelles formes d’expressions  chorégraphiques.
  • « 100°Berlin », tout un week-end dédié au théâtre indépendant. –  en collaboration avec Das Theater Hebbel Am Ufer HAU 1-2-3
  • « Tanz im August , le Festival de la danse contemporaine.

 

Radiasystem V: Spaces for Arts and Idees

Radialsystem V Berlin

Radialsystem V Berlin, Crédit photo A.G

Prêts à prendre des risques?  Radialsystem V développe et teste de nouveaux formats artistiques.   L’idée de base est le dialogue artistique et  l’ouverture de nouvelles formes de représentations scéniques non-conventionnelles, permettant des approches et des fusions interdisciplinaires. Vous n’avez rien compris… c’est normal !

Pour y avoir travaillé momentanément,  je reste encore bouche bée d’intérêts quand j’y retourne. Difficile de situer cet espace artistique à Berlin, un ovni posé en bord de Spree. Aux manettes de ce vaisseau, son directeur multilingue Jochen Sandig y erre comme un coq en pâte, quant à son épouse, la célèbre chorégraphe allemande Sasha Waltz, elle y donne mensuellement des représentations.

En 2012, La première édition du Berlin Fashion Film Festival a envahi le lieu pour une soirée « modisch » au début prometteur.

Aller à Radialsystem, ne serait-ce que pour profiter de l’immense terrasse en bord de Spree, pour y  voir un film en plein air en été ou  y boire un verre durant les tièdes après-midis ou soirées printanières ou estivales.

 

Volksbuhne : littéralement signifie « Scène du Peuple »

Ne serait-ce que pour gratter de l’ongle, ses murs intérieurs recouverts du marbre récupéré dans les ruines de la chancellerie d’Hitler ou pour y battre et débattre du Théâtre tant qu’il est encore chaud, autour d’une table cosy de son Salon rouge.

La Volksbuhne était le théâtre officiel de l’ex-RDA.

Un monument  de l’Histoire berlinoise et de l’histoire théâtrale allemande donc, cet imposant bâtiment à l’architecture stalinienne. Son symbole,  une roue en bois de charrette avec deux jambes marche sur la pelouse bordant le lieu. Il s’agit là, d’un symbole cabalistique du cercle à six rayons. Cet insigne de la roue aux deux jambes constituait au XVIIème siècle le signe de ralliement  pour les bandits, les sans-logis, les asociaux. Il signifiait, en argot « Va-t’en vite, ici tu es en mauvaise posture.»

Volksbühne Berlin

Volksbühne Berlin (Crédit photo A.G )

Dans les années 30 et 40, les metteurs en scène Max Reinhardt et Erwin Piscator y connaissent la gloire. Durant la seconde guerre mondiale, La Volksbühne est détruite puis totalement reconstruite en 1954.

Depuis 2008, les habitués sont les metteurs en scène allemands Martin Wuttke , Frank Castorf, Herbert Fritsch  ou encore René Pollesch, (René Pollesch dont la dernière création « Murmel Murmel » a l’audace de se jouer uniquement sur un texte constitué d’un seul vocable « Murmel » justement !)

La Volksbühne n’est pas seulement un lieu de représentation théâtrale ; lectures de livres, projections de films, concerts (rock,jazz, électro, tango…) prennent possession de ce large ensemble. Une intelligence théâtrale à la hauteur du lieu.

 

Schaubühne Théâtre qui est né à Berlin-Est et  qui a grandi à l’Ouest.

Elle vient de fêter le 21 septembre 2012, ses 50 ans.  Pour l’occasion, le théâtre avait mis les petites scènes dans les grandes avec une soirée d’anniversaire électrisante, à l’image de sa programmation. Depuis septembre 1999, Thomas Ostermeier y tient à la fois le rôle de directeur artistique associé et de metteur en scène. En 2004, Ostermeier va connaitre un succès remarqué lors du Festival d’Avignon grâce à sa mise en scène de  « Woyzeck » de Georg Büchner.

"Contes africains d’après Shakespeare" Krzysztof Warlikowski Schaubühne 2012 (c) Marie-Françoise Plissart

« Contes africains d’après Shakespeare » Krzysztof Warlikowski
Schaubühne 2012 (c) Marie-Françoise Plissart

Puisqu’ au théâtre aussi, on n’abuse pas des bonnes choses, je me rends donc qu’occasionnellement à la Schaubühne; en d’Avril 2012, j’ai assisté à Contes africains d’après Shakespeare du metteur en scène polonais Krzysztof Warlikowski. Résultat : une semaine pour retrouver mes esprits.

 

Le Deutsches Theater et le Berliner Ensemble, sont mes deux valeurs sûres, avec en grande partie des pièces issues du théâtre classique et de l’adaptation théâtrale d’œuvres littéraires reconnues.

"Richard II" Shakespeare Berliner Ensemble

« Richard II » Shakespeare Berliner Ensemble

Le Berliner Ensemble a été fondé à Berlin en 1949 par Bertolt Brecht. L’auteur etmetteur en scène y abrita pendant des années sa compagnie.

Aujourd’hui, un groupe d’une soixantaine d’acteurs y perpétuent la volonté brechtienne en y offrant une interprétation de qualité des pièces de Brecht, Max Frisch, Thomas Bernhard, Geog Büchner, Yasmina Reza, Anton Tchekhov.

Deutsches Theater

Les grands metteurs en scène allemands dont  Max Reinhardt, Otto Brahm, Heinz Hilpert ou Wolfgang Langhoff y ont travaillé, développé et assis leur succès.

La programmation se rapproche à quelques nuances près au Berliner Ensemble.    Gardons tout de même un œil vigilant sur la programmation du Deutsche Theater, où surgit chaque année, en juin, la rencontre d’auteurs de théâtre Autorentheatertage, dont l’édition 2012 fut riche en lectures et échanges, avec comme finissage un Bal Littéraire défiant sa tradition, conception épurée, innovante, dansante et décoiffante.

 

Au fil des nuagesUne compagnie franco-allemande instinctivement poétique qui donne tout son sens au théâtre bilingue. J’ai rencontré, par hasard en 2011, cette petite troupe, haut perchée sur la scène du théâtre Kulturfabrik du quartier Moabit.  Une étonnante soirée où l’amie qui m’accompagnait, professeur de littérature française à Paris et grande férue de théâtre, trouva l’expression juste pour décrire le jeu, le ton et la présence de ces deux comédiens  : « ils sont revigorants! »

© Théâtre Au fil des nuages

© Théâtre Au fil des nuages

Chritina Gumz et Clément Labail se sont rencontrés sur les planches du Lucernaire à Paris.
Elle est allemande, lui est français et tous deux parlent et surtout se risquent à jouer, dans la langue de son partenaire.
Leur projet est donc de mettre en scène et de jouer les mêmes pièces en allemand et en français.
Ils ne revendiquent pas leur démarche linguistique comme une performance théâtrale, au contraire à travers deux langues, l’une familière, l’autre étrangère, ils expérimentent une nouvelle musicalité théâtrale franco-allemande.
Au programme, des lectures mises en scène (Maupassant, Perec, Jean-claude Grumberg, Thomas Bernhard) du café-théâtre, et autres créations scéniques… et quelques soirs quand le rideau tombe, les spectateurs les rejoignent autour d’un verre, afin de poursuivre en allemand et en français,  réflexions ou  autres débats théâtraux.

La Schaubude: Théâtre de marionnettes et d’objets

Ma passion pour les marionnettes qui, un jour, aura ma peau !

Frank Soehnle, marionnettiste issu de la compagnie allemande "Figurentheater" Tünbingen -Schaubude 2008.

Frank Soehnle, marionnettiste issu de la compagnie allemande « Figurentheater » Tünbingen -Schaubude 2008.

Entre le marionnettiste et sa marionnette, qui articule l’autre? Un petit théâtre de marionnette et  d’ombres, se faisant trop discret selon moi.

Les représentations proposées , se divisent en deux catégories:  Une programmation pour enfants en matinée et en début d’après-midi et une programmation en soirée  généralement destinée à un public adulte

 

 

 

 

 

The following two tabs change content below.
aurora

Derniers articles paraurora (voir tous)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *