Partir et arriver

Qu’est-ce qui pousse à partir ? Partir à des milliers de kilomètres ou partir juste à côté, c’est toujours partir et arriver! Partir une semaine, un an, plusieurs années, ou toute sa vie, c’est toujours partir et arriver ! Partir par choix, par conviction, par nécessité ou par devoir, c’est toujours partir et arriver !  Partir pour vivre juste ailleurs ou partir pour vivre mieux ailleurs, c’est toujours partir et arriver !

Mon dernier départ ne date que de trois semaines. J’ai quitté mes quatre années de vie berlinoise, je suis, plus exactement, partie d’Allemagne pour arriver au Canada.(Pour celles et ceux qui auraient manqué un épisode, le rattrapage est encore faisable: Le Caribou danse-t-il? et Goodbye Berlin )

Cartier

Jacques Cartier par Théophile Hamel, 1844, d’après un portrait aujourd’hui disparu produit en 1839 par François Riss (1804-1886).
— On ignore cependant son vrai visage

Je me demande souvent ce qui a foncièrement et personnellement motivé les grands explorateurs des siècles passés à partir ? C’est vrai, nous connaissons leurs conquêtes, mais rarement les raisons profondes qui les ont poussés à aller vers les terres du Nouveau Monde.

Prenons l’explorateur Jacques Cartier, avait-il pour seule motivation faire siens  de nouveaux territoires, s’octroyer les richesses et découvrir un passage  qui permit au royaume de France de joindre les Indes par le nord-ouest? Ou peut-être avait-il simplement reçu comme moi un visa de travail d’1 an à destination d’un territoire nouveau, qu’il appela Canada?

Je ne suis pas ce qu’on appelle une exploratrice, du moins comme on l’entend, je le suis à ma manière, et en y réfléchissant bien, je ne me suis jamais vraiment attardée sur le pourquoi je pars. Je me dis juste que dans mes partances relativement régulières s’y trouvent sans doute là, le besoin de dégourdir mes habitudes, d’aiguiser ma curiosité, de compenser un manquement par un éternel recommencement ou tout simplement de fuir.  Loin de moi ici l’envie de m’élancer vers de la psychologie de bas étages ;  laissons les explications et les analyses à ceux qui en ont besoin, pour le moment j’essaye de raconter !

Je suis arrivée à Montréal le 11 juin dernier. Atterrissage réussi ! Donner petit papier à la douane, recevoir gros tampon au service de l’immigration, récupérer le peu de ce qui m’appartient sur un tapis roulant et enfin mettre le nez dehors. Alors que ma valise s’est offerte toute entière aux averses tonitruantes, et que mes pieds ont goûté, avec franchise et bonne humeur, aux flaques d’eau des trottoirs montréalais, mon front crispé, quant à lui, s’est vite détendu sous le déboulement continu de mes premières gouttes de pluie québécoises.

Un chauffeur de bus m’a dit « Bienvenue ! », j’ai entendu « Déluge !  »

©A.G

Qu’on se le dise quiconque part et arrive dans un quelque part méconnu, les jambes bouffies par les heures de vol et le décalage horaire sur les paupières, puise là où il le peut encore, ses dernières forces pour arriver dignement. Ce jour-là, à Montréal, c’est de façon rythmique et mécanique, que mes yeux n’ont eu de cesse de lire et relire sur les plaques numérologiques des voitures,  la devise québécoise : « Québec je me souviens. » J’ignorais encore l’origine et la signification de cette phrase, je n’avais encore rien à me souvenir dans ce pays, mais cela m’importait peu; tant que ce petit bout de phrase donnait à mes pieds, la dose de force et de calme nécessaire pour continuer d’avancer l’un devant l’autre. Ô que je les ai aimés ces mots, dès la première seconde où je les ai lus.

Arrive comme tu peux mais arrive! n’aurait jamais dit un grand sage.

1ère  étape : Une fois le pied posé sur le tarmac d’un nouveau pays, d’un nouvel aéroport, d’une nouvelle ville, évacuer de sa mémoire la dernière phrase prononcée par mon père sur le chemin de l’aéroport :

_ « T’as pas changé d’avis, tu veux toujours partir ? »

Ô maudits soient ces mots! Moi au fond de la voiture, lui, le regard dans le rétroviseur intérieur :

_ « Bah oui ! Evidemment, je pars ! »

Pourtant, il aurait fallu de peu pour un chambardement, un détour sur l’autoroute…:

« Mais pourquoi je m’impose ça ! Merde ! Je vais lui dire de faire demi-tour. Il n’est que 7 heures du matin, je vais tranquillement retourner au fond de mon lit, redonner de la légèreté à mon estomac,  rendre leur liberté à mes 23 kilos de vêtements compactés dans ma valise et refaire tout comme hier, avant-hier, avant avant-hier…je vais retourner à Berlin, je vais refaire ma Französin, manger des saucisses au curry, relouer mon appartement, retrouver mon ancien boulot… ce sont mes amis qui vont être contents. Ah ! Et puis je vais reparler allemand… Wunderbar! Alles ist in Ordnung! ja jajajaaja!  Allez! J’y vais, je lui dis ! Rentrons ! Fais demi-tour papa! Le Canada attendra ! »

« C’est une fois en route que tout se simplifie ! » avait déclaré l’écrivain, voyageur et explorateur Sylvain Tesson quelques jours avant son immersion de six mois en Sibérie, au bord de lac Baïkal. C’est étrange comme certaines phrases lues ou entendues vous reviennent à temps!  MAGIQUE !

2e étape : Organiser avec force son corps afin que valises, sacs à dos et passeport restent tous solidaires. TOUS ENSEMBLE !

3e  étape : Chercher dans l’inconnu d’une ville, l’appartement que l’amie d’une amie d’un ami vous a potentiellement et gratuitement laissé pour quelques jours, et espérer que tout cela n’est pas une promesse courtoise et non tenue. LES AMIS DE MES AMIS SONT-ILS MES AMIS ?

4e étape : Se réciter par cœur, le monologue cinématographie d’un film culte de ma génération: « Quand on arrive dans une ville, on voit des rues en perspective. Des suites de bâtiments vides de sens. Tout est inconnu, vierge. Voilà, plus tard on aura marché dans ces rues, on aura été au bout des perspectives, on aura connu ces bâtiments, on aura vécu des histoires avec des gens. Quand on aura vécu dans cette ville, cette rue on l’aura prise dix, vingt, mille fois. Au bout d’un temps cela vous appartient parce qu’on y a vécu […] » Rue Saint-Catherine, Métro Berri, Avenue Mont Royal, direction le Vieux-Port, Le Plateau, La Maine, le centre Bell, Quartier Latin, la Place des Arts, Montréal- Est, Montréal-Ouest… [Extrait du film de Cédric Klapisch : L’auberge espagnole] OLÉ !

« Le vrai voyageur n’a pas de plan établi et n’a pas l’intention d’arriver. »

Peut-être que pour les sages Chinois comme  Lao Tse dont provient cette citation, une telle vision du voyageur est facilement applicable. Pour moi qui ne suis ni chinoise ni sage, c’est un autre voyageur qui me plaît plus, celui du journaliste et humoriste Alphonse Allais qui écrivait : « Les voyages forment la jeunesse, mais ils déforment les chapeaux.» C’est une autre histoire et d’autres péripéties. Je vous raconterai…

 

 

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aurora

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6 réflexions au sujet de « Partir et arriver »

  1. Hâte de lire la suite! C’est égoïste je l’avoue, mais rien que pour ça je suis contente qu’il n’ai pas fait demi tour! Et pour les miliers de choses que tu vas découvrir avec un oeil tout neuf! A tantôt 😉

    • Merci Pé Pi! Aïe! Et oui, en même temps j’ai l’habitude, mon père me fait le coup à chaque fois…(>_O) Promis, je raconterai régulièrement car 1 an ça passe vite ! Mais si mes souvenirs sont bons, tu y es venue aussi ici! Aller à tantôt!

  2. Ah ah, enfin arrivée. Qui a dit que c’était facile?!
    maintenant, vite trouver un appartement, s’organiser un peu… moi quand je suis arrivé au Brésil, où je n’avait aucun « ami d’un ami d’un ami », imagine, ce pays lusophone… difficile d’avoir des connaissances ici; je suis resté 3 jours chez un guinéen. Ensuite, je suis allé dans une agence faire un contrat de location et j’ai dormi sur le sol en attendant mon lit qui ne serait livré que dans deux jours… 🙂
    bises

    • Ah les débuts, même si ils ne sont pas les premiers, ne sont jamais faciles mais c’est mieux ainsi! Et oui arrivée depuis plus de 3 semaines, j’ai tardé à écrire. Colocation trouvée au bout de 3 jours et déjà un surprenant et spontané voyage en terre québécoise. je raconterai, affaire à suivre…

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